Antoine Flahault

  • Fr. Guy

Chemin de foi

Isabelle Flahault m’a remis une copie du livre écrit par son frère Antoine intitulé : « Un chemin de foi ». Un livre paru le 7 octobre 2024, jour de la fête du Rosaire.

Rien de très nouveau, si ce n’est que l’auteur est un génie médical dont on a beaucoup parlé en période de Covid-19. Un croyant de base, aux racines familiales profondes, un legs qu’il n’a jamais remis en question, une foi proche de celle du charbonnier qui veut croire sans savoir et qui prend la prière du Rosaire comme guide de son chemin. Un chemin qui n’est pas une autoroute, qui n’exclut pas le doute mais qui conduit à la résurrection, dernier mystère du Rosaire. Pas à pas, je suivrai ce chemin qui devrait être aussi l’itinéraire d’un dominicain.

Il se fait que j’ai connu le père de l’auteur et je fais actuellement la connaissance de sa sœur. Des signes qui m’encouragent. Cette lecture intégrera mon programme de Carême. Pas à pas, je progresserai de mystère en mystère. Une réflexion d’Antoine suffira pour me faire avancer.


Mystères joyeux

 

L’Annonciation

Pourquoi ne pas croire qu’une vierge puisse engendrer si le Créateur a fait la terre et le ciel ?

Marie parle à l’ange d’égal à égal. Quelle liberté, quelle dignité, quelle humanité !

Marie visite sa cousine Élisabeth

« Cette visite ne fut pas seulement un événement intimiste dans la ruralité d’une Galilée sous occupation romaine, elle fut aussi une scène de vie familiale joyeuse, paisible et fortifiante. Elle nous rapproche de ceux qui ont vu croître Jésus. Ce n’étaient pas des exaltés, ni des clercs. Ils n’étaient ni puissants, ni privilégiés. Il n’y avait pas de misérabilisme non plus. La simplicité et le dénuement de Marie et d’Élisabeth sont des messages de bonheur qui vont contribuer à forger les fondements de la doctrine chrétienne ».

Naissance de Jésus à Bethléem

La Sainte Famille réunie à la crèche ressemble beaucoup à chacune des nôtres. On y retrouve une intimité communicative, une fragilité qui nous parle, des linges et des tissus qui ressemblent à ceux que nous utilisons encore. Une grande frugalité entoure la naissance de Jésus et, du coup, chacun peut s’identifier, surtout les parents qui assistent à la naissance de leur enfant. Comme cadeaux, je n’apporte pas ceux des rois mages, mais une dizaine d’Ave, ces belles et simples prières à la Vierge, comme autant de roses que nous égrainons sous les perles de notre chapelet.

Présentation de Jésus au Temple par Marie et Joseph

Les parents de Jésus accomplissent le rite prescrit par la Loi. Puis ils retournent chez eux à Nazareth. La prophétie du vieux Siméon sur les souffrances de Marie a dû plomber l’atmosphère, de même que l’arrivée d’une très vieille dame qui semblait avoir perdu la tête. Mais ses paroles dissipent cette impression. La vieille voit dans cet enfant le libérateur d’Israël et la lumière des nations. Jésus vient pour tous et ne connaît pas de frontières entre les goïms et Israël, son peuple.

Hormis ces propos inspirés par l’Esprit, l’enfance de Jésus est sans histoire dans une famille banale.

Jésus retrouvé au Temple

Cette quête angoissante du Christ préfigure aussi sa Passion : Jésus sera absent trois jours. Ses proches erreront à sa recherche et le retrouveront bel et bien vivant le matin de Pâques. Ressuscité, suivi d’un retour à domicile, à la maison de son Père qui est aussi celle des hommes.

Ces brèves réflexions sur les mystères joyeux sont un pâle exemple de la méthode suivie par notre auteur. Le mystère divin éclaire en fait celui de notre humanité.

Flahault ajoute ses commentaires aux « mystères lumineux » ajoutés par un pape récent à notre Rosaire. Je ne le suivrai pas sur cette voie. Non que je mette en doute l’orthodoxie de ces adjonctions, mais par fidélité à une tradition séculaire liée à mon Ordre. Par ailleurs, ces trois moments — sérénité, souffrance et paix victorieuse — sont parfaitement adaptés au rythme humain qui est aussi celui de Jésus et de ses amis et amies. Je passe donc directement aux mystères qu’on appelle « douloureux ».


Mystères douloureux

 

Agonie de Jésus

Cette partie du Rosaire est l’une des plus pénibles pour les croyants. Elle rappelle toute l’injustice quand il s’agit de condamner et d’exécuter un innocent. Jésus est tellement proche de nous dans ses épreuves que l’on a quelques difficultés à voir Dieu en lui. Mais le croyant apprend que Dieu n’aime pas la souffrance et redoute la mort. Jésus va mourir comme chacun de nous. Dans l’intimité, Jésus s’abandonne confiant à la volonté de son Père.

Flagellation

La flagellation de Jésus ne contredit pas sa royauté messianique. Jésus-homme est en même temps Jésus-Christ. Nous devons nous défaire de l’idée erronée d’un Messie sur son trône de gloire.

Moment insoutenable pour sa mère. D’où l’Ave de saint Bonaventure :
« Je vous salue Marie pleine de douleurs. Jésus crucifié est avec vous. Vous êtes digne de compassion entre toutes les femmes. Et digne de compassion est Jésus le fruit de vos entrailles ».

Couronnement d’épines

Le prophète Isaïe esquissait les traits d’un messie doux et tendre. Il n’écrase pas le roseau qu’on lui remet dans sa main. Malgré sa souffrance, Jésus est resté amour et tendresse, gardant bien en main son sceptre parodique. Il devait aimer et protéger ce bourreau, roseau froissé qui s’était moqué de lui.

Portement de croix

Le Christ aura porté sur la « via dolorosa » ses souffrances et celles de tous les hommes et femmes partageant le même sort que lui. Il s’est fait ainsi solidaire des victimes d’exactions, d’humiliations, d’erreurs judiciaires, de faux procès et de violences quels qu’en soient les motifs, les lieux et les siècles. Il s’est fait solidaire aussi de chacun de nous, amenés un jour ou l’autre à souffrir, à tomber malade, être blessé et mourir.

Jésus meurt sur la croix

On pourrait penser qu’on touche le fond en arrivant à ce dernier mystère douloureux, et bien sûr, d’une certaine manière, nous n’irons pas plus bas. Ce n’est pas Dieu qui choisit de jeter les hommes aux enfers. Ce sont plutôt les hommes qui creusent leurs propres tombes en rejetant le bonheur, en préférant la violence à la douceur, en choisissant le vice à la vertu, la mort à la vie. Cela émeut profondément Dieu, qui se montre solidaire de nos détresses.


Mystères glorieux

 

Résurrection de Jésus

Notre auteur est nettement plus à l’aise avec les mystères joyeux et douloureux qu’avec les glorieux. Dans les premiers mystères, ce sont nos chemins qu’emprunte Jésus. Mais nous n’avons aucune idée de la gloire qui vient.

Changement radical de décor et d’ambiance. C’est le grand jour de la chrétienté. Pâques change tout. Sans la résurrection du Christ, l’histoire de Jésus en Palestine aurait été celle d’un homme généreux et exceptionnel mais finalement pas très différent des prophètes des temps anciens ou des révolutionnaires de notre ère moderne. Aux yeux des croyants, la résurrection change la donne. Elle nous fait passer en trois jours de la boue glaiseuse du Golgotha au Ciel lumineux où les anges chantent l’hymne de la gloire de Dieu.

Ascension du Seigneur au ciel

Les chrétiens vont devoir apprendre à vivre avec une foi fâchée avec l’arithmétique conventionnelle. Il leur faut comprendre ce qu’est un Dieu unique composé de trois Personnes : Père, Fils et Esprit. Une foi fâchée aussi avec la géographie classique, dans la promesse d’un Ciel qui est déjà sur Terre. Et enfin une foi fâchée avec le temps historique, car il leur est demandé d’attendre une éternité qui commence en fait dès maintenant.

« J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir ». On se souvient que pour Dieu : « Un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour ». Quand on dit que la foi, c’est la confiance, on sent ici toute la signification de la racine latine (fides) commune à ces deux mots et du chemin qu’il faut parcourir pour appréhender ces mystères glorieux, sans jamais cependant les saisir complètement.

Pentecôte

Après le passage visible du Christ incarné sur terre, l’envoi de l’Esprit sur les Apôtres est leur réconfort. On l’appelle aussi le Paraclet. Ce qui pourrait se traduire en langage moderne par le SAMU. La Pentecôte, c’est l’envoi des secours d’urgence.

« Esprit Saint qui habite chaque être humain, tu viendras déposer en nous ces réalités d’Évangile si essentielles : la bonté du cœur et le pardon. Aimer et l’exprimer par notre vie, aimer avec la bonté du cœur et pardonner. Là tu nous donnes de trouver une des sources de la paix et de la joie. » (Frère Roger de Taizé)

Assomption et couronnement de Marie

Délibérément, je quitte le commentaire d’Antoine Flahault relatif aux deux derniers mystères du Rosaire qui concernent essentiellement Marie.

J’ajouterai quelques brèves remarques sur l’ensemble du livre que je présente sur ce blog.

Dans la liturgie chrétienne, on parle de deux façons de la rencontre céleste entre Marie et son Fils : l’Assomption et la Dormition. Les artistes et théologiens occidentaux parlent d’Assomption, les iconographes et théologiens orientaux parlent de Dormition. L’essentiel est la rencontre céleste de Jésus et de sa mère qui fait de la première en chemin la première des ressuscités. Après son Fils, naturellement. Ce chemin devrait être le nôtre. Le « Chemin de foi » d’Antoine Flahault l’exprime avec beaucoup de conviction.

J’ajoute ces deux remarques. Je félicite d’abord l’auteur, médecin et scientifique réputé, d’aborder sans fausse pudeur ces questions essentielles à sa foi. Puisse la lecture de son écrit convaincre et fortifier ceux et celles qui ne sont pas habitués à se poser ces questions.

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les méditations d’Antoine n’échappent pas aux préoccupations de l’Église de notre temps. Les mystères du Rosaire lui donnent l’occasion de les aborder, comme la signification du sacrement de confirmation ou la place des femmes dans l’Église.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E.