Autrement, l’évangile

  • Fr. Guy

Nous sommes au milieu du gué

Raphaël Buyse, Autrement, l’évangile, Éditions Bayard, collection « J’y crois », 2021, 189 pages.

On m’a conseillé de lire cet essai d’un prêtre du diocèse de Lille tout en me prévenant que je pourrais m’en abstenir. C’est aussi le conseil que donne l’auteur aux lecteurs opposés à ses dires et même scandalisés par son écrit.

Ce livre n’est plus seulement « l’évangile autrement », mais le texte des évangiles est compris comme un mythe semblable à ceux des religions non juives des pays avoisinants. Le contenu de la foi traditionnelle, transmise par les Églises, est si bouleversé — je ne dis pas « nié » — qu’il est difficile au lecteur de s’y retrouver dans ce fatras.

À moins de donner un sens radicalement nouveau au texte biblique traditionnel. L’auteur s’y emploie, mais il n’est pas facile de le suivre.

En attendant, au revoir la conception virginale de Marie et vive l’union conjugale des deux amants de Nazareth : Joseph et Marie. Adieu les mages, les bergers et Bethléem, les chants des anges, les miracles et tout ce qui s’ensuit. Autant de mirages pour les sots.

On m’a dit que ce prêtre lillois avait une notoriété qui dépasse les limites de son pays. Même en Suisse, il a son club de fans qui l’invitent pour des sessions et rencontres.

Plutôt que de me défaire de ce livre, je suis les conseils d’une amie et je lis les conclusions de l’ouvrage. Selon elle, l’auteur s’explique dans les ultimes pages de son essai. Le titre est suggestif : « Le maquis ». Un endroit peu connu, indéchiffrable, ni repérable, un endroit périlleux. Dans ce maquis, l’auteur patauge, entre le oui et le non. Sûr de tout et sûr de rien.

Il se pose la question de Jésus à ses disciples après son discours sur le pain de vie : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » L’abbé Buyse avoue s’être posé cette question. Il reste fidèle à cause de l’eucharistie qu’il comprend à sa manière, sans les interventions « magiques » de l’Église et de la tradition qui en faussent le sens et compliquent la compréhension.

Nécessité d’élaguer l’arbre touffu pour retrouver le bois vert et le fruit mûr. Ou encore, tremper ses lèvres dans l’eau pure qui jaillit au fond d’un puits souillé, pollué et vermoulu.

L’auteur se trouve au milieu du gué. Face à un versant sur les dérives humaines, tandis que l’autre versant montre un Dieu vrai et rassurant. Le voyageur avance avec prudence, mais en plein paradoxe : une fête se profile au-delà de la falaise.

Ce livre n’est donc pas celui d’un incroyant. Son Dieu réchauffe le cœur de l’Homme. À nous de nous laisser réchauffer par cette présence au cœur de nous-mêmes. Sans oublier que Jérusalem reste loin. Cette phrase est la dernière de ce livre étonnant.

À chacune et chacun d’en faire sa propre lecture. Nous sommes au milieu du gué.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E