Conflits et réconciliation

  • Fr. Guy

Roger Mawuto Afan

Conflits, médiation et réconciliation. Roger Mawuto Afan. Édition L’Harmattan, 2025, 141 pages.

C’est le périodique dominicain Prêcheurs qui mentionne la parution de ce livre dans son numéro de décembre 2025 – janvier 2026. L’auteur doit donc avoir quelques connivences, et même davantage, avec les Dominicains de ma nouvelle province, celle de France, qui fut très présente en Afrique occidentale. Son nom ne m’est pas inconnu. Il évoque un frère africain togolais (?) que j’ai croisé un jour à Abidjan.

Le sujet qu’il aborde pourrait faire allusion à des difficultés personnelles. Mais l’extension de sa réflexion à l’ensemble de l’Église ruine d’avance cette supposition. Quoi qu’il en soit, la valeur de ce livre ne tient pas à l’identité de son auteur, mais à la richesse et à l’actualité de son contenu. C’est dans cette perspective que nous allons le lire et le présenter.

L’auteur cite en exergue un verset de la Règle de saint Augustin, qui est aussi celle des Dominicains : « Évitez entre vous les paroles amères et, s’il en échappe à votre bouche, que votre bouche s’empresse de guérir la blessure qu’elle a faite. » L’objectif est la réconciliation plutôt que l’étalage des conflits.

Dans l’introduction de son ouvrage, Roger Afan réaffirme qu’il ne sert à rien de cacher ou de nier les difficultés intracommunautaires. Elles naissent de l’appartenance de certains et certaines à un groupe socioculturel particulier. Mieux vaut les aborder de front avec lucidité et parvenir ainsi à la réconciliation. Ces problèmes peuvent avoir une résonance personnelle quand la jalousie les fait naître. Là encore, la médiation d’un frère ou d’une sœur est nécessaire pour faire refleurir la paix. Ces difficultés ne sont pas seulement celles de l’Église primitive, mais elles continuent d’entraver la marche de notre Église actuelle.

De longues pages sont consacrées aux crises de la communauté chrétienne primitive. Selon l’auteur, l’ivraie, dans ce milieu, pousse avec le bon grain. J’ignore si Roger Afan est un exégète averti et reconnu. Ce qui est certain, c’est qu’il relit avec beaucoup d’attention les Actes des Apôtres et les Lettres de Paul pour repérer tout signe de tension et même de division entre les chrétiens de cette Église d’autrefois. Les lecteurs de son livre ne seront pas surpris. Dès les premières pages des Actes, on parle de tiraillements entre les veuves d’origine juive, qui seraient mieux soutenues que celles d’origine païenne. Un conflit ethnique, déjà !

L’initiative de créer un fonds de prévoyance financière pour permettre à toutes les veuves d’être aidées ne va pas de soi. Le couple Ananie et Saphire ment sur le montant qu’ils auraient dû mettre au service du bien commun. On connaît aussi les dissensions entre Paul et Barnabé au sujet de Jean-Marc, neveu de Barnabé, que Paul ne veut plus voir associé à leur prédication. Du népotisme, déjà ! Le plus grave cependant sera la volonté de quelques-uns d’imposer la circoncision, autrement dit le judaïsme, comme préalable au rituel du baptême des nouveaux chrétiens venus du monde non juif. Un débat qui faillit scinder l’Église en deux camps. Les dispositions du Concile de Jérusalem tentèrent de surmonter ce schisme. Mais des stigmates et des cicatrices s’ensuivirent et mirent du temps à se guérir. La Lettre de Paul aux Galates en témoigne.

Ce ne sont là que quelques exemples. Il en est d’autres plus récents, comme la division entre chrétiens d’Orient et d’Occident et celle créée par la Réforme protestante et la Contre-Réforme catholique. Des schismes qui continuent d’altérer nos communautés chrétiennes malgré nos efforts œcuméniques.

Notre auteur ne cache pas sa réticence face à l’expression « d’un seul cœur et d’une seule âme » qui devrait caractériser toute communauté chrétienne. Il craint la pression totalitaire du groupe sur la singularité de l’individu. Et de citer l’épisode de la Tour de Babel pour se justifier. L’histoire de l’Afrique moderne, coloniale et postcoloniale, lui sert aussi de référence.

Par contre, le récit de la Pentecôte pourrait servir de modèle. Une seule communauté, mais respectueuse de la singularité de ceux et celles qui la composent. Tous reçoivent le même Esprit et chacun a sa langue de feu particulière. Un moyen de s’entendre en ignorant le langage de son interlocuteur.

En conclusion, Roger Afan revient sur la nécessité du franc-parler en cas de conflit communautaire. La médiation est nécessaire, elle aussi. Et même le retrait temporaire hors de la communauté, si cette mesure peut aider à régler le conflit.

Je reproduis les ultimes lignes du livre. Elles évoquent une issue au conflit à laquelle l’auteur n’avait pas songé jusque-là. La voici :

« L’Église primitive de Jérusalem se serait fracassée contre le mur de la division si les apôtres et les croyants avaient choisi de se ranger dans un camp ou dans l’autre, approuver les uns et d’exclure les autres, ou renvoyer les belligérants dos à dos. Il a fallu se réconcilier, sortir du conflit en remontant parfois à l’Écriture ou à la tradition naissante. »

Et notre auteur de recourir aux Actes, qu’il avait commencé par critiquer pour leur irénisme naïf. Les désaccords dans l’Église ancienne appellent un besoin de réconciliation. Et tout d’abord de la médiation des membres de la communauté. Mais quand ils se sentent impuissants, ils s’en remettent à la miséricorde de Dieu, auteur de toute réconciliation authentique.

Cette recommandation fondée sur l’expérience communautaire fixe le juste prix de ce livre. Je persiste à penser que ses pages sont le reflet d’une expérience personnelle de notre frère. Mais rien n’est perdu puisque la miséricorde divine a le dernier mot.

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