Cortés entre histoire et roman
- Fr. Guy
Je me suis appliqué à écouter sur Victor le livre que Christian Duverger consacre à Hernán Cortés (1485-1547), conquistador espagnol, vainqueur des Aztèques et fondateur de « La Nouvelle Espagne ». Près de 10 heures d’écoute, y compris le long épilogue de l’auteur du livre. Christian Duverger a voulu rédiger un roman historique et philosophique, sur la base de très nombreuses archives, pas toujours concordantes, dont les sources sont espagnoles ou mexicaines. Voilà qui ne facilite pas la lecture de ce singulier « roman ». En fait, Duverger se donne un modèle, Les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar, dans lesquelles le vieil empereur romain s’adresse à celui qui sera son successeur. J’ai écouté avec plaisir les Mémoires d’Hadrien, où tout s’ordonne avec clarté. Un livre admirablement écrit par une académicienne. Ce qui est loin d’être le cas avec le roman cortésien de Duverger. Tout d’abord, des illusions de convergences : Hadrien s’adressait à son successeur ; Cortés à son fils Martin, si tant est qu’il fût le sien.
Une autre différence est la difficulté de suivre l’itinéraire de Cortés. Des noms de côtes, d’îlots et d’îles, formulés en espagnol ou en dialecte mexicain, défilent et s’enchevêtrent sans qu’il ne soit possible à un malvoyant privé d’atlas de les identifier. Ce qui est certain est que Cortés naquit en Espagne (Extremadura ?) et qu’il y revint pour mourir. Le nombre d’instances ou d’institutions, religieuses ou politiques, qui remplirent sa vie ne rend pas son roman facile d’accès. Ce qui est difficile aussi, c’est le nombre de ses attitudes ou sentiments contradictoires. Il peut être généreux ou sanguinaire. On parle aussi de ses sentiments envers Marina, présentée comme une amante indienne. Mais elle aussi s’évanouit dans l’incertitude. Une chose demeure pourtant, c’est l’attachement de Cortés à la monarchie espagnole (Charles Quint). Son voyage vers le Mexique respecta ses deux étapes obligées : San Domingo et Cuba. La complexité du personnage étonne aussi. Il est favorable au métissage interculturel et interethnique, ce qui n’est pas au goût de tous ses compatriotes.
En conclusion, je reste un peu sur ma faim. Bien sûr, ce livre a pallié plusieurs fois mon ignorance. Mais il reste trop vague pour en faire le récit historique que j’attendais. Il est vrai que l’auteur ne parlait pas d’histoire scientifique mais de roman. J’aurais dû en tenir compte. Mon souhait est que les lecteurs potentiels en fassent un meilleur usage. Ce livre mérite leur intérêt.