Le retour d’exil à l’épreuve du présent

  • Fr. Guy

Une lecture biblique qui éclaire des questions contemporaines

Philippe Abadie, Esdras et Néhémie, collection « Mon ABC de la Bible », Éditions du Cerf, 2026, 137 pages

Philippe Abadie est notre guide. Il est prêtre, docteur en théologie et en histoire des religions, professeur émérite d’exégèse biblique à l’université catholique de Lyon.

J’ose parier que beaucoup de lecteurs et lectrices de la Bible de sensibilité chrétienne n’ont jamais entendu parler des livres d’Esdras et de Néhémie. D’où notre reconnaissance aux Éditions du Cerf de les présenter dans sa collection : « Mon ABC de la Bible ». Le titre pourrait faire croire qu’il ne s’agit que d’une brochure « populaire », une brève initiation pour un public non averti. Il n’en est rien. Cette publication vient bien à son heure. Il est précisément question de réfugiés ou d’exilés qui retournent sur leur terre d’origine. Le peuple suisse doit se prononcer ces jours prochains sur cette question épineuse qui divise leur pays. Mais le contexte biblique est fort différent. J’en parle tout d’abord, quitte à revenir sur nos problèmes actuels.

Jérusalem et tout le royaume de Juda ont été conquis et détruits par Nabuchodonosor, roi de Babylone, en 582 avant Jésus-Christ. Les rescapés du massacre ont été conduits en exil sur le bord du Tigre et de l’Euphrate. Quelques décennies plus tard, le roi perse Cyrus mit fin au royaume de Babylone et permit aux juifs exilés de retourner sur leur terre d’origine, conduits par leur compatriote Esdras. Ils arrivèrent sur une terre désolée et entreprirent de restaurer Jérusalem et son Temple. Le lévite Néhémie célèbre ce relèvement au cours d’une assemblée du peuple et relit à cette occasion le Deutéronome. Il « justifie » les malheurs survenus par la désobéissance du peuple à la loi divine. C’est le sens des deux livres d’Esdras et de Néhémie. Le Temple reconstruit portera le nom de deuxième Temple et certains prophètes donneront le titre de Messie au roi Cyrus qui permit ce retour.

Ces deux livres ont une autre importance. Ils marquent une nouvelle étape dans l’histoire juive : celle du judaïsme que connaîtront Jésus et ses disciples. J’ajoute cette nuance importante. L’exil et les malheurs qu’il a provoqués sont expliqués comme une punition du Seigneur parce que sa loi n’a pas été respectée. On ne saurait évidemment faire retomber sur les exilés modernes une telle responsabilité.

Tout autre est la situation des réfugiés qui sont en Suisse aujourd’hui. Une minorité est formée d’exilés chassés de leur pays par des potentats locaux. Mais la majorité est arrivée librement pour bénéficier dans notre pays des moyens de vivre. Ce qui est fort différent des exilés juifs à Babylone. Trouveront-ils un Cyrus qui les ramènera chez eux, mais en leur donnant les moyens de vivre dignement sur leur terre d’origine ? Tel est notre problème actuel, à la fois fort différent et semblable aussi. Peut-être les livres d’Esdras et de Néhémie pourront-ils éclairer leur choix qui est aussi le nôtre ?

Autre problème : les juifs exilés de retour sur leur terre ancestrale ont trouvé une population « étrangère » non juive. Comment les nouveaux arrivés vont-ils vivre avec elle ? Se pose en particulier la question des mariages religieux et interculturels. Une question qui n’a pas disparu de notre paysage contemporain.

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