La foi au-delà des religions
- Fr. Guy
Il nous reste la foi. Olivier-Thomas Venard, Grasset, 2025, 234 pages — Bibliothèque pour malvoyants, Monastère de Collombey, CH
Je pense avoir entendu la moitié de la cassette audio diffusée à partir d’un livre du frère dominicain Olivier-Thomas Venard, séjournant à Jérusalem depuis quelques décades. Je crois ne l’avoir jamais rencontré personnellement. Mais je me souviens comme tant d’autres frères, d’avoir été étonné de sa promotion de professeur d’exégèse dans une faculté de théologie catholique. Il n’était pas un adepte de la recherche historico-critique, mais un littéraire, habitué à lire la Bible comme un livre qui s’explique par lui-même. Le Père Barthélémy fut dans le monde catholique francophone un précurseur de cette méthode qui révolutionnait mes conventions et aptitudes influencées surtout par l’exégèse germanique. C’est pourquoi j’étais littéralement amoureux de l’enseignement de Barthélemy. C’est pourquoi encore je me précipitai à écouter la cassette audio de Venard que je considère comme son disciple.
Le titre du livre est admirable : « Il nous reste la foi ». L’auteur fait-il allusion à son enfance et son éducation familiales catholiques, chahutées par les cris de l’incroyance contemporaine ?
Plus étonnant est son intérêt et sa passion pour le judaïsme sous toutes ses formes, religieuses ou culturelles. En particulier la Jérusalem qu’il connut lors d’un séjour à l’École biblique. Il en connaît tous les coins et recoins et même les diverses odeurs qui caractérisent chaque quartier de la Ville Sainte. Il prit aussi la défense du Père Marcel Dubois, dominicain, militant à Jérusalem du rapprochement judéo-chrétien. D’où lui vient cette sympathie ? Je le saurai peut-être à la fin de l’audition de son livre.
Un autre aspect qui se dégage de ce livre est l’amour d’Olivier-Thomas pour notre Ordre dominicain. L’auteur donne l’envie de le rejoindre. À tel point que son livre pourrait être un manuel pour postulants dominicains.
Mais Olivier n’est pas qu’un rêveur désireux de passer de belles soirées d’été sous le soleil couchant avec un ami juif et un autre musulman. Il vit dans un pays en guerre dont les éclats n’épargnent pas le jardin de son couvent. Il n’ignore rien de ce qui se passe à Gaza, des otages juifs et des enfants palestiniens affamés ou tués. Il répète ce propos : « Cette terre est pleine de religieux, mais dépourvue de religion ». Autre façon de dire que la foi est seule à pouvoir nous sauver.
Notre frère s’en prend aussi à lui-même. Il aime cette terre et les peuples qui l’habitent. Mais que fait-il pour eux au-delà de cette naturelle affection ? Pour que cessent la guerre et ses violences.
Au cours de cette lecture, j’apprends que ce livre fut écrit dans un ermitage du Périgord. L’auteur revient sur les événements de Terre Sainte. Il doit choisir entre le silence et la parole. Être là simplement et consoler ou parler et dénoncer. Je pense qu’il choisit l’un et l’autre. En fait, il choisit la foi.
Il consacre la dernière analyse de son livre à la foi, des réflexions sans doute inspirées par le Père Dubois et Lévinas qui demeurent ses maîtres. À ces derniers s’ajoutera le frère Perrin, familier de la mystique Simone Weil. Entre parenthèses, Olivier se souvient de sa défense du frère Dubois souvent vilipendé, accusé de crypto-judaïsme. Mais c’est une famille palestinienne qui accueillera à la fin de ses jours celui qui fut professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem.
Je n’irai pas plus loin dans la présentation de ce volume. Une seule formule pourrait le résumer : la foi ou la présence de Dieu valent mieux que les religions qui tentent de le connaître et de le dire. Elles ne sont donc pas inutiles. Elles ont toutes une richesse dont la foi peut tirer parti. À condition qu’elles ne se fassent pas la guerre. L’histoire du triple monothéisme religieux est un triste exemple. Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Notre frère Olivier-Thomas s’y emploie avec lucidité, courage et espérance.
Bienvenue à ses lecteurs ou auditeurs.