Léon le Grand
- Fr. Guy
Connaissance des Pères de l’Église, N° 181. Nouvelle Cité, mars 2026, 63 pages.
Lorsque notre nouveau pape choisit le nom de Léon, tout le monde pensait qu’il faisait allusion à Léon XIII, fondateur de la doctrine sociale de l’Église. Sans le dire sur le moment, notre Léon XIV se réfère aussi à un prestigieux prédécesseur appelé Léon le Grand, que les chrétiens de son temps désigneront sous le vocable : « Defensor civitatis », défenseur de la cité romaine et, du même coup, de l’Église présente en ce lieu.
Mais que savons-nous de Léon le Grand ? Sauf qu’il fut saint lui aussi.
Ses origines sont obscures. Il serait né à Rome vers 391. Devenu archidiacre de l’Église romaine, il influença le pape régnant dans le débat christologique qui opposait alors Cyrille d’Alexandrie et Nestorius.
Le 19 mars 440, Léon fut élu pape à la mort de Xyste III, dont il était proche. On l’a sans doute choisi en raison de sa sagesse et de son habileté diplomatique. En particulier à l’occasion du conflit qui opposait Cyrille d’Alexandrie et Nestorius. Malgré des tentatives d’accord, le feu couvait sous la cendre. Cyrille affirmait que le Christ était uniquement consubstantiel au Père, mais Nestorius affirmait que le Christ était consubstantiel à sa mère humaine, autrement dit, l’un ne voyait dans le Christ que le reflet de Dieu, l’autre affirmait avec vigueur son humanité.
C’est surtout deux événements qui décidèrent de la grandeur donnée au pontificat de Léon : son intervention doctrinale au Concile de Chalcédoine et son intervention politique face à la menace qu’Attila faisait peser sur la ville de Rome.
Lors du Concile, Léon adressa une lettre célèbre, appelée « Lettre à Flavien », aux évêques rassemblés pour rétablir l’unité christologique : « deux natures et une personne ». Les évêques ratifièrent avec enthousiasme ce document.
L’iconographie chrétienne a reproduit la rencontre de Léon et d’Attila sur les murs de Rome. Pourquoi le tyran a-t-il abandonné la partie ? Étaient-ce les paroles de Léon ou la prestance hiératique de l’évêque de Rome ? Des peintres font apparaître Pierre et Paul dans cette scène pour souligner l’origine du pouvoir politique de Léon. Ce pape affirme la primauté du siège épiscopal de Rome en interprétant à sa manière les promesses de Jésus faites à Pierre en Matthieu 16 : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Un texte majeur pour saint Léon.
Les résultats de ces deux interventions ne furent pas aussi concluantes qu’on aurait pu l’espérer. Le recul d’Attila ne mit pas fin à l’invasion des barbares sur les terres catholiques. Ils y introduisirent l’arianisme. Arius était un prêtre disciple de Nestorius et comme lui niait la nature divine du Christ. Le succès de l’arianisme fut immense. Je me souviens d’avoir visité à Ravenne une ancienne église arienne couverte de mosaïques exposant un Christ complètement nu pour souligner son unique nature humaine.
Quant au schisme christologique, il subsiste encore au Moyen-Orient et en Égypte, opposant entre elles des Églises très minoritaires face à un Islam envahissant. En dépit de multiples tentatives d’origines diverses, l’unité chrétienne n’a pu être rétablie. En attendant, se profile la prochaine disparition de ces échantillons chrétiens des premiers siècles, devenus trop faibles et même insignifiants. Notre bon saint Léon doit pleurer là où il se trouve.
On pourrait se demander quelles sont les convergences entre nos deux Léon.
L’insistance de Léon XIV sur la paix universelle en fait un défenseur moderne de la cité des hommes. Par ailleurs, ce pape n’ignore aucun des graves problèmes de notre humanité, mais sa confiance en Dieu est essentielle. Les deux natures, humaine et divine, s’unissent, mais sans mélange, dans la personne du Christ.
Je ne doute pas que nos lecteurs et lectrices trouveront d’autres correspondances entre les deux papes qui portent le nom de Léon.
Le petit feuillet que je leur présente pourrait les y aider. Une mine d’informations sérieusement documentées sont rassemblées dans un minimum de pages.
Bonne lecture !