Les échecs de Jésus

  • Fr. Guy

Quand l’Évangile transforme l’échec en espérance

Les échecs de Jésus. Une chance pour notre espérance, Jean Druel, Éditions du Cerf, 2025 (170 pages)

Ce dominicain français, assigné au couvent du Caire, est bien connu des spécialistes de la langue arabe, qui est aussi celle du Coran. Mais il consacre aussi son temps à la rédaction d’ouvrages spirituels chrétiens. Toujours provocants dans le ton, mais au contenu très riche. Ainsi ce dernier livre de 170 pages paru aux Éditions du Cerf en 2025. L’auteur renvoie le lecteur à l’épilogue de son livre pour mieux saisir ses réflexions. J’attendrai donc ce moment, d’autant plus qu’entretemps je continue d’apprécier ce livre de facture admirable et qui se réfère à l’évangile de Marc, mon préféré.

Le premier chapitre n’a rien d’un échec de Jésus, mais des événements qui l’obligent à revoir et à redéfinir sa mission. Il avait quitté l’atelier de son père pour devenir prédicateur itinérant en Galilée. Mais les gens séduits par ses dons de thaumaturge voudraient le retenir chez eux. Jésus voulait être un homme du voyage : ceux qui le rencontraient voulaient en faire un sédentaire à leur usage. Jésus a beau fuir dans les endroits déserts, les foules le retrouvent.

Jésus ne peut plus réaliser sa mission première. Il se laisse toucher par l’humanité souffrante. Il guérit la belle-mère de Pierre et purifie le lépreux. Une guérison qui rend ce malade convivial et sociable.

On a l’impression que Jésus a bougé. Il doit réévaluer sa mission. Il comprend que l’annonce de l’évangile ne peut se faire sans prendre soin du corps des hommes et des femmes qui de partout viennent à lui. Ces gens veulent être debout plutôt qu’assis pour l’écouter. Sa compassion l’a fait sortir de lui-même.

Une bête erreur de casting. Ou comment Jésus a-t-il pu appeler à sa suite des hommes ambitieux, un renégat et celui qui le livrera à ses ennemis ? Le savait-il ? Sa divinité ne l’a pas éclairé ? Druel n’en sait rien. Du moins il n’avance aucune explication, si ce n’est que Jésus est aussi une personne humaine qui commence par faire confiance à ses proches. Et il assume ce choix jusqu’au bout. Même en le payant de sa souffrance et de sa mort déshonorante.

Je pense que je n’attendrai pas la fin de la lecture de ce livre consacré aux échecs et aux erreurs de Jésus avant de lire son épilogue. Jean Druel pourrait me recommander d’y procéder dès maintenant. J’ai besoin d’être éclairé avant de poursuivre ma lecture. Du reste, les épisodes rappelés dans les pages qui suivent provoquent le même questionnement. Même si le contexte du récit est chaque fois différent.

L’épilogue commence par relater une anecdote personnelle à l’auteur qui l’a mis sur le chemin de la rédaction de son livre. Invité à prêcher une retraite à des religieuses dominicaines, il s’est trouvé en manque d’inspiration, incapable d’écrire la moindre ligne. Il comprit comme un échec ce qui lui arrivait, telle l’impossibilité de Jésus de convaincre le jeune homme riche de le suivre. Ce n’était certainement pas l’unique fois où Jésus subissait ce genre d’échec. D’où l’idée du frère Druel d’en faire le sujet de sa retraite prêchée aux dominicaines. Il relut alors l’évangile de Marc, le plus court, et découvre en creux l’immense espérance que ce thème faisait naître chez lui et chez les Sœurs. Oui, Jésus a été confronté à l’échec. Mais l’espérance dont Druel parle n’est pas morbide, mais un réconfort réel dans la contemplation de la manière dont Jésus traverse ses échecs et se relève.

Jésus connaît la complexité du cœur humain et nous accompagne sur nos routes, en s’adaptant à notre rythme et à nos faiblesses. Jésus a donc connu la déception. Ces situations sont sources non pas d’une espérance théorique déconnectée de nos vies. Son espérance est pour nous bénéfique.

Jean Druel a essayé de reconstruire les scènes décrites par Marc et de décrire les sentiments qui trahissaient les situations, non pas des discours, mais des gestes. Jésus s’adapte. Marc nous fait le récit d’une vie singulière, celle d’un homme qui mène sa barque comme il peut, dans des circonstances particulières. En cela nous ne sommes pas différents de lui. L’échec, s’il existe, serait de refuser de voir la réalité et de s’entêter dans une direction sans issue. Au contraire, une lecture de la vie de Jésus qui se concentre sur ses gestes et ses réactions est une bonne nouvelle et un message d’espérance pour nous.

« Et toi qui es-tu ? De quoi as-tu peur ? Pourquoi retiens-tu ton cœur au lieu de te jeter dans l’aventure ? Viens, suis-moi. »

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