L’œcuménisme à l’épreuve du temps

  • Fr. Guy

Communion, baptême et espérance chrétienne

Changer de regards. Balises œcuméniques. Anne Deshusses-Raemy. Ed. Saint-Augustin, 2025, 180 pages.

L’ouvrage d’Anne Deshusses-Raemy, spécialiste de la formation d’adultes et longtemps engagée à l’Atelier Œcuménique de Théologie (AOT) de Genève — fondé en 1973 — paraît à l’occasion du jubilé de cette institution. Elle n’en est plus aujourd’hui la coresponsable catholique, responsabilité désormais assumée par Bruno Fuglistaller, jésuite. Quoi qu’il en soit, l’auteure propose dans ce livre un bilan de l’œcuménisme, en accordant une attention particulière à l’expérience genevoise de ces dernières années.

Voici quelques-unes de ses questions :
- L’œcuménisme en perte de vitesse a-t-il encore un avenir ?
- Travailler à l’unité des chrétiens est-il encore d’actualité ?
- L’interreligieux n’est-il pas le nouvel œcuménisme à la mode ?
- Est-ce le moment de poser des questions de base pour surmonter les oppositions surannées entre les confessions chrétiennes ?

C’est à mon retour d’Afrique en 1989 que l’inoubliable abbé André Fol me sollicita pour faire partie de l’équipe des enseignants de l’AOT. Une période de dix ans que je n’ai jamais regrettée. Elle entrouvrait la porte à un monde interconfessionnel très éloigné de mes convictions et pratiques religieuses d’enfance et d’adolescence. Je pense que c’est le professeur dominicain Henri Stirnimann qui a fait naître en moi cette nouvelle empathie. Il me fit connaître d’éminents théologiens réformés, comme l’alsacien Oscar Cullmann, et prit l’initiative de mon séjour d’étude d’une année à la Faculté protestante d’Heidelberg. J’ai souvent répété que je dois au « Jésus » du professeur Bornkamm de cette Faculté, ainsi qu’aux échanges entre collègues de l’AOT, la base de mes connaissances néotestamentaires.

Anne Deshusses-Raemy nomme par leur nom les pierres d’achoppement qui subsistent encore aujourd’hui sur le chemin de l’unité, parmi elles le partage eucharistique. La conviction que Jésus se donne à nous dans ce sacrement semble céder le pas à la qualification du ministre qui le célèbre. Plus encore, la théologie du baptême, que tous célèbrent sous une forme ou sous une autre, n’est pas suffisamment prise en considération. C’est le baptême qui fait de ceux qui le reçoivent un seul corps dont le Christ est la tête et nous les membres. Le partage eucharistique ne fait qu’exprimer cette intime communion sous une forme particulière. Ne confondons pas les modalités avec l’essentiel.

Il va sans dire que nous sommes encore loin d’avoir déblayé notre chemin de cette pierre d’achoppement. Mais l’auteure reste confiante. Elle cite de nombreux textes, anciens et modernes, qui vont dans ce sens. L’AOT devient alors vraiment atelier en affrontant ces questions fondamentales, même s’il faut attendre un autre jubilé pour y parvenir. Je suis d’avis cependant qu’il faut se hâter, avant que le christianisme ne subsiste que comme un vague souvenir sur ces terres qu’on disait jadis chrétiennes. « Le Fils de l’Homme trouvera-t-il encore la foi quand il reviendra ? » Voilà l’unique et vraie question œcuménique.

L’AOT y est sensible. Depuis ses débuts, elle pratique la communion ouverte quelle que soit la confession du célébrant, sans obliger aucun participant à se soumettre à ce rite. Je m’y suis mis, au début avec hésitation. Puis j’ai compris que mieux valait la présence réelle du Christ dans la communauté que les diverses formes canoniques qui prétendent régler ou moduler cette présence. Quand je communie, Jésus se donne tout entier à moi. Il me rappelle qu’il a donné son corps et versé son sang pour moi et pour la multitude. Je suis à lui comme il est à moi, et à nous tous et toutes.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E