Magnifica humanitas

  • Fr. Guy

Une encyclique pour l’ère de l’intelligence artificielle

Lettre encyclique du Saint-Père Léon XIV, Magnifica humanitas, sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, Édition Salvator, 2026, 251 pages.

Après de multiples et complexes interventions, j’ai enfin sur ma table de travail la première Lettre encyclique de notre pape Léon XIV. Une question qui n’a rien d’un soupçon : notre pape actuel veut-il renouveler, en l’adaptant, l’exploit de « Rerum Novarum », l’encyclique fameuse de Léon XIII, son prédécesseur et son homonyme ? Léon XIV veut-il protéger l’humanité parvenue à l’ère de l’intelligence artificielle, comme son prédécesseur prenait la défense des victimes de la révolution industrielle ?

Cette encyclique est déjà un succès de librairie. Son volume épais ne décourage pas les clients. Je ne ferai donc que présenter les chapitres les plus accessibles à nos contemporains. De quoi susciter chez les plus intéressés l’envie de parcourir ou de lire ce texte dans son intégralité.

Bien sûr, des experts au service de la Curie romaine ont participé à la rédaction de l’encyclique. Ce fut déjà le cas pour « Rerum Novarum ». On parlait alors d’un groupe de professeurs de l’Université de Fribourg, qui venait d’ouvrir ses portes. Des hommes politiques et des prélats s’étaient joints à eux. L’essentiel est que le pape ait confirmé leurs réflexions et propositions. L’histoire se renouvelle avec la nouvelle encyclique. Chacun reste libre de l’accepter ou d’y ajouter ses compléments et commentaires.

L’introduction du document est intéressante. En aucune manière, le pape ne veut condamner le développement technique ou scientifique. Mais, contrairement au passé, le progrès échappe désormais au jugement des autorités, et devient une initiative privée pratiquement incontrôlable. D’où la nécessité d’un discernement pour sauver le bien commun de l’humanité. C’est le but de l’encyclique de Léon XIV.

Deux icônes bibliques illustrent un double processus contradictoire : la Tour de Babel, édifiée sans référence à Dieu, mais uniquement à la gloire de l’humanité, et le relèvement des murs de Jérusalem avec Néhémie et le concours de tout le peuple. Le premier projet s’effondre ; le second survit grâce à la communication, qui devient communion. Le choix ne se fait pas entre la technique et son contraire, mais entre sa manière de l’utiliser pour le bien ou pour le mal de l’humanité. Il faut donc éviter le syndrome de Babel, qui veut tout réduire à l’uniformité, même à celle du langage numérique, plutôt que favoriser la synodalité riche du travail de chacun. Cette activité peut aller de pair avec la fragilité, du moment que survivent la solidarité entre les humains et leur dignité. Les divergences peuvent aussi favoriser le bien commun.

« À l’ère de l’IA, la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation. Nous avons donc le devoir urgent de rester profondément humains. J’adresse à tous et à toutes un appel vibrant : n’ayons pas peur de nous salir les mains ! »

Le pape n’est donc pas opposé au changement, mais il veut préserver l’humanité dans cette transformation. Elle ne peut réussir que si elle met en valeur la vérité, le travail et la liberté.

Je cite, au sujet de la vérité, ce passage de l’encyclique : « La recherche de la vérité est un élément essentiel de la démocratie, qui est elle-même un instrument de participation au bien commun. »

Quant au travail, « il n’est pas un simple instrument, mais il exprime et renforce la dignité de notre vie. Il est une exigence inscrite dans la condition humaine, un chemin ordinaire vers la maturité, le développement et l’épanouissement personnel. » L’aide sociale aux démunis ne suffit donc pas. Ils ont besoin de travail pour exprimer leur dignité humaine.

Troisième point. Il faut préserver la liberté face à la dépendance et à la marchandisation. « Lorsque des modèles commerciaux prospèrent sur la faiblesse humaine, la personne est traitée comme un moyen et non comme une fin, et ceux qui conçoivent ou financent ces systèmes assument une responsabilité morale à laquelle ils ne peuvent se soustraire. »

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