Maître Eckhart
- Fr. Guy
Sur ma table, un inédit de la collection « Que sais-je » que je croyais morte depuis longtemps. Son titre : Maître Eckhart et son auteure : Elisabeth Boncour, philosophe et théologienne, professeur à l’Institut catholique de Paris. Un livre de 117 pages paru en 2021 aux Éditions Que sais-je ? / Humensis à Paris.
Faut-il rappeler que ce théologien ne cesse de susciter un intérêt qui dépasse largement les frontières de mon Église. Des chercheurs de tous horizons s’appliquent à le lire et à déchiffrer sa pensée, qui parfois ne manque pas d’obscurités.
Une introduction précise le contenu du livre. J’ai été particulièrement intéressé par le premier chapitre, qui situe la pensée de ce dominicain en lien avec les étapes essentielles de sa vie de prêcheur. À vrai dire, Maître Eckhart est très discret. Il parle de Dieu plus que de lui-même. D’où ma reconnaissance à l’auteure de ce livre, qui vient combler mon ignorance. Je ne formule ici que ce qui m’a frappé.
Deux pays, deux cultures se le partagent : l’Allemagne et tout particulièrement Strasbourg, la France et Paris ensuite. Il enseigne en latin sur les bords de la Seine et en allemand quand il séjourne en Alsace. Son public est différent. Son enseignement latin s’adresse à des théologiens en formation, mais ses prédications en langue vernaculaire sont prononcées pour des béguines peu instruites en science biblique et théologique.
Le Maître court le risque d’être mal compris. Il sera facile à deux de ses frères dominicains inquisiteurs, jaloux de son succès populaire, de relever des propositions jugées hérétiques. Elles sont puisées dans ses sermons allemands plus que dans ses œuvres latines. Le Maître se défendra toujours de cette accusation d’hérésie, préférant amener vers la vérité certaines de ses filles d’abord séduites par la théorie du « Libre Esprit ». Mais il procédera par touches successives, prenant en compte la condition de ceux qui l’entendent, des femmes en particulier.
Pour échapper à la justice épiscopale, il fait appel au pape et part pour Avignon en vue de défendre lui-même sa cause. Il décède à Avignon probablement en janvier 1328. Ce court rappel biographique ne dit rien de ses activités pastorales de prieur et de provincial.
En 1992, une commission dominicaine refuse de réclamer une réhabilitation d’Eckhart puisqu’il n’a jamais été personnellement condamné, pas plus que sa doctrine et son enseignement. Je reprends à ce propos la déclaration de Timothy Radcliffe, maître de l’Ordre à cette époque : « Nous sommes parfaitement libres de dire qu’il est un bon théologien orthodoxe. »