Nicée

  • Fr. Guy

Un tournant pour la foi chrétienne

Jean-Pierre Batut, Le siècle de Nicée, Éditions du Cerf, 2025, 238 pages.

Il y a un an, les chrétiens commémoraient le 1700e anniversaire du concile de Nicée, convoqué par l’empereur Constantin en 325.

Selon l’auteur de ce livre, aujourd’hui évêque auxiliaire à Toulouse, le quatrième siècle de notre ère a correspondu à une nouvelle étape de l’histoire européenne. Spécialement le christianisme, grâce au premier concile œcuménique tenu à Nicée en 325. On aurait tort de parler de décadence, mais de tournant. D’où le titre de cet ouvrage : « Le siècle de Nicée », comme on donna ce titre à d’autres siècles célèbres de notre histoire.

Que nous reste-t-il de Nicée ? Un symbole. Ce n’est pas la foi proprement dite, mais une série articulée d’expressions de la foi. Un travail effectué par des évêques réunis en concile venus de tout le monde chrétien. D’où l’expression « œcuménique » retenue pour ce genre d’assemblée et spécialement pour les cinq premiers conciles. Ces expressions sont de soi complètes, durables et inaltérables. Elles ont été souvent formulées sous la pression de groupes hérétiques qui divisaient l’Église en contredisant les expressions universelles de sa foi. Il y eut bien sûr d’autres motivations à la convocation des conciles. Elles ne furent pas toutes de nature religieuse. Le concile de Nicée, convoqué par un empereur, n’y échappera pas.

Quel usage fait notre Église catholique actuelle du symbole de Nicée ? Il est ordinairement lu, récité ou chanté par l’assemblée lors des messes dominicales ou festives. Sa formulation doit beaucoup à la culture qui présidait au temps de sa rédaction, essentiellement grecque. Il arrive même que notre Église contemporaine corrige la traduction latine de cette formulation pour la rendre plus conforme au texte grec des Évangiles. Un empereur occidental, Charlemagne, a même encouragé l’ajout du fameux « filioque », rejeté par les orthodoxes et qui continue à diviser l’Église de notre temps malgré tous les efforts fournis pour résoudre ce problème.

Le texte de Nicée a inspiré la catéchèse : le Père, le Fils et l’Esprit, puis l’Église et les fins dernières, celles du monde et celles de notre humanité.

Je ne retiendrai de ce livre que quelques passages qui interpellent notre temps. De quoi susciter l’envie de le lire intégralement.

Les chrétiens attendront l’Édit de Milan de 313 pour avoir la liberté de pratiquer leur foi. Ils subiront des persécutions au cours des 3e et 4e siècles.

Quant à Constantin, il est d’abord le fils de sa mère, la reine Hélène. Femme d’origine modeste et discutable, elle sera attirée par le christianisme et par ses lieux saints qui feront d’elle la mère de tous les pèlerins de Terre sainte. C’est elle qui obtiendra de son fils la construction de plusieurs basiliques dont celle de la Nativité à Bethléem. Une basilique visitée encore de nos jours.

Les relations de son fils avec la foi chrétienne seront plus complexes. Constantin ne sera baptisé que sur son lit de mort en 337. Ce n’est pas un cas isolé à son époque. Attiré lui aussi par le christianisme, il restituera à l’Église les biens dont elle a été spoliée et instaure comme jour férié le premier jour de la semaine, jour de la Résurrection du Seigneur. Mais il gardera certains liens avec l’ancienne religion païenne, dont il demeure le « souverain pontife ». Un titre que s’arrogent les papes d’aujourd’hui. Surprenant !

Bien que Constantin ne participe pas au culte chrétien, il se considère toutefois comme « l’évêque de l’extérieur ». Spécialement au cours de la crise arienne.

Mais qui était cet Arius condamné par le concile de Nicée ? C’était un vieux prêtre. Curé d’une paroisse d’Alexandrie qui voulait réaffirmer le monothéisme absolu du christianisme. Il prenait donc parti dans les multiples controverses sur ce sujet qui avait agité la jeune Église des 3e et 4e siècles. Il a l’intuition d’une définition de Dieu qui dissipera toute équivoque : Dieu est celui de qui tout provient et qui est à l’origine de tout. Le Christ provient de Dieu. Il est même une créature de Dieu. Il est fils par adoption.

Cette théologie émane d’une bonne intention, mais elle est contraire à l’Écriture et au sens de la foi du peuple chrétien. Convoqué par son évêque pour s’expliquer, Arius refuse de se présenter et sème la division dans le peuple chrétien, y compris parmi les évêques.

D’où la fureur de Constantin qui comptait sur la jeune Église pour conforter son pouvoir impérial. L’empereur est aussi responsable de l’ordre qui doit régner sur son empire, y compris dans l’Église. Ses décrets ont force de loi même en matière religieuse. Mais, incompétent sur les sujets qui divisent l’Église, Constantin prend contact avec Ossius, un évêque espagnol, qui lui conseille de réunir les évêques de la terre habitée pour qu’ils rédigent ensemble un texte commun qui mette fin au conflit ecclésial et rassemblerait les évêques de partout, jusque-là dispersés dans leur communauté locale. L’assemblée devrait se réunir à Nicée, sur la rive orientale du Bosphore, proche du lieu où Constantin passait ses vacances.

L’adoption du Credo de Nicée ne mit pas fin aux divisions de l’Église. Le Concile d’Éphèse souligna fortement la nature divine du Christ au détriment de sa nature humaine et entraîna le schisme copte en Égypte. Par contre, le Concile de Chalcédoine accentua la dualité des natures du Christ et entraîna une autre division dans l’Église. Il fallut le Concile de Constantinople, le dernier appelé œcuménique, pour que la divinité de l’Esprit fût proclamée.

Tout cela paraîtra bien compliqué au lecteur profane, malgré le style clair, précis et accessible à tout lecteur intéressé. Je veux croire que certains y trouveront le profit spirituel et théologique.

L’arianisme a connu une expansion extraordinaire dans l’Église primitive. Même des peuples barbares devenus chrétiens l’ont adopté, comme en témoigne une mosaïque de Ravenne qui représente le Christ entièrement nu pour souligner son unique nature humaine.

Comme Arius encore, l’Islam refuse qu’on associe à Jésus aucun attribut divin. Comme Arius encore, le Coran et le judaïsme orthodoxe prêchent un monothéisme absolu. L’incarnation du Verbe nous divise.

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