Paul, l’apôtre en chemin

  • Fr. Guy

Une vie en 80 étapes pour redécouvrir la force des origines chrétiennes

Chantal Reynier, Le tour de saint Paul en 80 étapes, Éditions du Cerf, 2026, 215 pages.

Sans l’avoir rencontrée, j’ai souvent entendu parler de l’auteure, connue même en pays de Fribourg. C’est un plaisir de l’entendre aussi sur KTO, reconnue comme une spécialiste des écrits pauliniens. Elle a rédigé plusieurs ouvrages sur le converti du chemin de Damas.

Mais il serait abusif de confondre toute la vie de Paul avec cet événement, sans doute fondamental. D’où l’idée géniale de Chantal Reynier de nous présenter la vie de Paul en 80 très courts chapitres, inspirés par ses lettres et les Actes des Apôtres. C’est aussi le but de cette rapide et brève présentation de celui qui fut le principal évangélisateur du premier siècle. Je ne parcourrai pas les 80 étapes de l’itinéraire de Paul. Il me suffit d’en donner le goût. La fréquentation de cet apôtre est indispensable si nous voulons vivre de sa foi dans le monde d’aujourd’hui.

Mais rien ne m’empêche de reproduire ici le portrait physique de Paul dessiné dans ses grandes lignes par Chantal Reynier.

« Qui est cet homme de petite taille, à la tête dégarnie, aux jambes arquées, vigoureux, aux sourcils joints, au nez légèrement aquilin, plein de grâce ? »

Et Chantal de poursuivre : « C’est Paul, né à Tarse au début de notre ère, mort à Rome dans les années 60. »

Paul est issu d’une famille juive originaire du Nord de la Galilée. Il arrive qu’il nous parle de ses proches parents. Ils n’habitent pas tous à Tarse. Ils sont artisans et commerçants. Comme eux, Paul tissera des toiles de tentes pour subvenir à ses frais. Dispersés mais solidaires, les membres de sa famille faciliteront ses déplacements.

Paul est citoyen romain. Surprenant privilège réservé à une minorité, équivalent d’un passeport impérial dont il pourrait tirer quelques avantages.

Paul connaît l’hébreu, la langue de la Bible, mais parle grec à Tarse et connaît aussi les langues et les cultures des régions qu’il traverse.

À sa majorité, Paul se rend à Jérusalem auprès de Gamaliel, excellent connaisseur de la Bible et de son interprétation. Ce savant juif pharisien est réputé pour sa largeur d’esprit. Il fera bénéficier Paul de son savoir biblique encyclopédique et surtout de la science d’interprétation des Livres saints.

À ses côtés, Paul approfondit sa spiritualité fondée sur la Loi divine qui mérite un respect absolu en attendant le « Chemin de Damas » qui bouleversera ou élargira ces perspectives.

Notre auteure situe l’événement du chemin de Damas une année à quatre ans après Golgotha.

Paul tombe à terre, non pas de son cheval, mais de sa suffisance. L’appel lui vient du ciel et ce n’est pas un fantôme qui lui parle. C’est Jésus, celui que Paul appelait le maudit de Dieu. Cet événement, ni mythe ni légende, est une révélation. Le Christ vient à la rencontre de Paul et non l’inverse. Autrement dit, il n’est pas au pouvoir de Paul de se donner le Seigneur. Il ne peut que le recevoir, en se dépouillant de sa suffisance. Paul ne raconte jamais ce qui s’est passé sur ce chemin. Mais il s’y réfère toujours. Non seulement Paul tombe à genoux devant Jésus, mais il entraîne dans son geste tout être vivant. C’est ici que tout commence. Paul vit dans le Christ et le Christ vit en lui. Le ton est donné. Il maîtrisera toute sa partition vitale.

Au fil de sa musique, les lecteurs apprendront comment Paul associe sa croyance au prochain retour du Christ à la nécessité de vivre sur cette terre, de travailler et même d’être marié. Ils découvriront Antioche où la communauté chrétienne l’accueille et en fait son délégué au « Concile de Jérusalem » qui accepte de baptiser des non-circoncis. Puis nous découvrons sa campagne missionnaire en Galatie, son séjour à Corinthe et celui d’Éphèse. Enfin, son désir de revoir et d’aider la communauté de Jérusalem. Cette généreuse initiative entraînera son arrestation. Son appel à l’empereur l’amènera à Rome, d’abord prisonnier à domicile. Cette condition pénitentiaire ne l’empêchera pas de parler du Christ à ses visiteurs. Une autre captivité plus sévère devait lui coûter la vie. La tradition parle d’une exécution hors des murs de la ville de Rome, mais proche tout de même de la capitale impériale.

Une peinture de Maurice Denis dans l’église Saint-Paul de Genève illustre cette décapitation. Le même artiste a représenté sur la même fresque d’autres moments essentiels de la vie de Paul : la prédication aux naufragés de Malte. Tout un symbole : l’apôtre à la main levée vers le Christ sauveur. Cette scène sera suivie par l’accueil du disciple qui se jette dans les bras de son maître bien-aimé.

Tout en félicitant l’auteure pour la clarté de ses propos, je dédie ce livre à ceux et celles qui ne se trouvent pas à l’aise avec les Lettres de Paul et les Actes. Ce livre vient à leur secours et réveille une histoire essentielle du christianisme qui maintient sa valeur aujourd’hui.

Cette image a été créée avec l'aide de DALL·E