Quand la Parole se partage

  • Fr. Guy

Former des laïcs à porter la Parole de Dieu aujourd’hui

On demande des prêcheurs ! Quand les laïcs s’emparent de la Parole. Eric T. de Clermont-Tonnerre. Éditions du Cerf, 2026, 178 pages.

Le frère Eric est très connu dans la Province de France, comme provincial, comme enseignant, et par d’autres charges importantes. Passionné de la Parole de Dieu, il fonda à Paris une école de prédication ouverte à tout baptisé, clerc ou laïc. Je connais moi-même une diplômée de cette école, chargée par son curé local de prononcer de temps à autre une homélie dominicale. Le livre que je recense raconte cette aventure originale, du moins dans l’Église catholique. Si cette communauté connaît aujourd’hui beaucoup de théologiennes de grand renom, elle est toujours réservée quand il s’agit de conférer à des femmes le charisme de la prédication. Le frère Eric veut renverser cette tendance en proposant à des laïcs de s’emparer de la Parole de Dieu et d’en faire le meilleur usage.

Il y a cinquante ans, les communautés chrétiennes de Genève fondaient l’Atelier œcuménique de théologie (AOT) pour rendre la théologie aux laïcs. Le frère Eric fait de même pour la prédication.

Je cite son éditeur :
« Il faut rendre aux baptisés les droits et devoirs qui leur appartiennent et les encourager tous, clercs et laïcs, à assumer leur responsabilité en soutenant leur légitimité à prendre la parole et à se former.
Cet ouvrage rappelle ce qu’est la prédication en Église ; il initie à l’accueil et à l’écoute authentique de la Parole de Dieu. Il propose un apprentissage de la prise de parole et de la prédication. Quand les laïcs s’emparent de la Parole avec sérieux, la prédication porte de nouveaux fruits » (page 4 de couverture).

Je me propose de présenter la partie la plus originale du livre, celle consacrée à l’école de la prédication, à la nécessité de se former pour savoir et pouvoir prêcher. Une idée qui a pris forme en France après plusieurs tentatives ailleurs. Évidemment, tous les membres de l’Ordre des Prêcheurs étaient concernés, et pas seulement les frères. N’oubliant pas les sœurs et les laïcs dominicains que le baptême a faits « prêtres, rois et prophètes ». Prophètes, donc aptes à prêcher l’Évangile.

L’école de la prédication n’a jamais eu un rôle politique ou militant. Même si certains évêques ont dévalué et minimisé cette initiative, qui est bien plus qu’une école, mais une formation à l’écoute de la Parole et à sa répercussion dans l’assemblée ecclésiale. Depuis des années, des laïcs, hommes ou femmes, prêchent lors des funérailles ou même lors des baptêmes et mariages. Mais sont-ils formés à ce ministère exigeant et délicat ? L’école du frère Eric leur est ouverte pour faire taire cette inquiétude. Nos excellences ont tort de rechigner. Leur mauvaise humeur est inscrite dans leur emploi du temps. Inutile de s’en préoccuper.

Évidemment, l’école de la prédication n’est pas un jeu. Elle exige un travail sérieux qui ne se limite pas à la consultation de commentaires ou autres textes, mais un échange sur la façon dont ces textes sont reçus dans notre culture contemporaine.

La rhétorique a sa place dans la formation du prêcheur. Son objectif classique est de rendre l’auditeur intelligent, sage et généreux. Celui qui transmet un message sur le mystère de la foi doit toucher, émouvoir, parler au cœur. Il doit aussi persuader et convaincre sans exercer de pression manipulatrice. Tout cela n’est pas inné, mais s’acquiert au terme d’un travail long et persévérant.

La parole du prêcheur doit être à la fois objective et subjective. Faire rencontrer la Parole de Dieu avec celle du prédicateur et les questions de l’auditeur. Il doit éviter les discours de caste, le langage pieu et le jargon ecclésiastique. Il doit marquer sa parole de sa chair et de son sang, c’est-à-dire de son existence, sans toutefois se mettre en avant.

Des compétences ? Bien sûr. Surtout une bonne connaissance de la Bible, acquise en groupe ou individuellement.

Un beau programme pour une école de la prédication. Nous souhaitons qu’elle se ramifie bien au-delà des frontières françaises. Partout, on demande de vrais prêcheurs, cohérents dans leur vie avec ce qu’ils proclament du haut de la chaire. Merci, frère Eric, d’avoir ouvert cette piste !

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