Rwanda : relire une histoire blessée
- Fr. Guy
Comme je l’ai déjà fait sous-entendre, je me contente de refléter ci-dessous quelques chapitres de cet important ouvrage : « Le contexte historique », consacré plus particulièrement au Rwanda précolonial et au mandat confié par la SDN à la Belgique, la personnalité et le rôle de « Mgr Perraudin », proche du président Grégoire Kayibanda, et « L’Homme de Kigali », Charles Jeanneret, secrétaire de Juvénal Habyalimana, président de la deuxième République.
Une phrase de l’auteure pourrait résumer son analyse de l’histoire du Rwanda : « Le génocide des Tutsi au Rwanda n’est pas le résultat d’une lutte entre ethnies distinctes ou d’une guerre tribale. L’antagonisme n’a rien d’ancestral. Il s’est développé durant la période coloniale sous l’impulsion de la Belgique ».
Le génocide est plutôt le fait d’une petite élite Hutu au pouvoir qui craignait le retour des Tutsi et se méfiait particulièrement de ceux restés dans le pays.
L’auteure ne méconnaît pas les diverses hypothèses sur l’implantation des ethnies dans le Rwanda précolonial. Certaines sont sérieuses, d’autres plutôt saugrenues. Seuls les historiens avisés de cette période pourraient en parler, à commencer par des historiens rwandais, même disparus, comme Alexis Kagame ou Mgr Bigirumwami.
Quant à Mgr Perraudin (1914-2003), l’auteure fait bien d’écrire que cet ancien archevêque de Kigali d’origine suisse continue de semer la contradiction. Certains l’accusent d’avoir favorisé le génocide, d’autres prennent sa défense. Cité dans ce livre, je ne peux qu’attester l’influence de sa lettre pastorale de Carême de 1959 sur les changements sociaux et caritatifs nécessaires au Rwanda. Mais ses déclarations n’étaient pas un prêche génocidaire. Ce dont l’auteure convient. Il est vrai que ces suspicions ont endolori la fin de vie de cet évêque. Il s’en est défendu dans un livre au soir de sa vie, « Un évêque au Rwanda », paru en 2003. Je pense que cet écrit n’a pas convaincu tous ses lecteurs. Le problème « Perraudin » demeure encore ouvert.
Quant à Charles Jeanneret, d’origine neuchâteloise, mais citoyen canadien, il fut engagé par la Coopération suisse comme conseiller de Juvénal Habyalimana, président de la deuxième République. Décédé, notre auteure n’a pas pu le consulter, mais diverses opinions circulent à son sujet, certaines peu favorables aux Tutsi. Je ne l’ai jamais rencontré. Mais j’imagine mal que certains puissent l’accuser d’avoir fomenté le génocide des Tutsi. Si c’était le cas, il faudrait mettre en cause la Coopération suisse qui l’avait engagé. D’où l’intérêt de notre auteure pour ce personnage ambigu qu’elle appelle au chapitre 8 « l’Homme de Kigali ».
Le livre d’Anne Emery-Torracinta devrait être connu non seulement des Rwandais et de leurs amis, mais de tous ceux et celles qui se préoccupent de la politique de nos services fédéraux d’assistance technique. C’est à eux qu’il appartient de prendre position et de faire de nouvelles propositions. D’ici là, nos hommages à l’auteure pour cet énorme travail qui ajoute à son amour du Rwanda une connaissance approfondie de certaines de nos institutions.