Trop tard pour l’Église ?
- Fr. Guy
Ce livre de Martin Werlen me ramène dans des paysages familiers et même familiaux. En effet, c’est l’aînée de mes deux sœurs qui me l’a signalé et m’a dit tout le bien qu’elle ressentit en le lisant. De plus, l’auteur a grandi dans un petit village du Haut-Valais, proche des plus hauts sommets d’Helvétie.
Mais l’identité fondamentale de Martin Werlen est le fait qu’il soit moine de la célèbre abbaye d’Einsiedeln, dont il assuma la direction en sa qualité d’abbé de 2003 à 2013.
Je n’ai pas eu le privilège de le rencontrer, ni même de lire ses livres antérieurs. Je me contente de feuilleter dans ce Journal le dernier paru en traduction française. Son éditeur le compare à un coup de cymbale qui survient inopinément dans un univers paisible.
Le livre se compose de 77 courts chapitres numérotés, de longueur inégale. La plupart ont des références autobiographiques relatives à l’expérience humaine et spirituelle de l’auteur. Je m’y retrouve parfois assez bien.
Ainsi, Martin a pris son temps avant de choisir le monachisme bénédictin, comme je l’ai fait moi-même avant de demander aux Dominicains de m’accueillir. Comme moi, Martin a hésité entre diverses communautés religieuses possibles. Surtout, celle des Chartreux.
Comme moi, il voulait être un religieux ouvert sur les problèmes du monde, usant d’un discours accessible à tous. Il ne se contentait pas d’une homélie dominicale, mais rédigeait des livres et fut un conférencier remarquable.
Bref, un homme qui n’avait pas de langue de bois, surtout en matière religieuse et spirituelle. Ainsi le titre de ce livre paru en allemand il y a quelques années : « Trop tard ! ». Trop tard sans doute pour faire le deuil d’une Église en voie de décomposition, mais toujours assez tôt pour faire naître une espérance. Une espérance basée sur une réelle conversion personnelle qui s’ajoute à celle de toute l’Église.
Un livre provocateur en apparence, mais fondé sur une conviction fondamentale, jamais reniée par Martin, et enracinée dès son enfance : « Dieu reste toujours et partout présent ». Dans les bons et moins bons moments.
Tous les lecteurs n’apprécieront pas ce livre, surtout sa critique d’une Église qui n’est plus la nôtre aujourd’hui.
Nous nous référons à une traduction dont l’original allemand remonte à deux décennies. Beaucoup d’eau a coulé sur le Tibre depuis lors. Je donne plus d’attention à l’espoir qui renaît qu’à la destruction ou à l’écroulement de structures surannées. J’espère que le lecteur partagera mon opinion. Faisons donc place à l’espérance !