Un christianisme amoureux

  • Fr. Guy

Un plaidoyer pour une Église ouverte

Jean Claude Lavigne, Petit plaidoyer pour un christianisme amoureux, Éditions du Cerf, 2026, 147 pages.

L’auteur, un frère dominicain français, a tracé une trajectoire originale. Il reçut l’habit de l’Ordre dans la Province de Lyon avant la fusion de cette entité dominicaine avec la Province de Paris, devenue aujourd’hui Province de France. Spécialiste des questions de développement, le frère Lavigne fut d’abord à l’école du Père Lebret, fondateur de l’institution « Économie et Humanisme ». L’intérêt et la complicité du frère Jean Claude pour les chiffres le préparaient sans doute à exercer la charge d’économe de sa Province actuelle.

Pour être franc, je n’attendais pas de lui cet ouvrage spirituel paru cette année. Je le présenterai d’autant plus volontiers que cette œuvre révèle la complexité de notre moi profond et notre attachement aux valeurs évangéliques qui surpassent tous les bilans financiers et les plans économiques. Je demande pardon à Jean Claude si je l’ai jugé sans trop le connaître.

Il y a mille manières d’être chrétien. Jean Claude a choisi la sienne. Lui qui avait la réputation d’appartenir à la génération des soixante-huitards, le voilà converti. L’essentiel est de retrouver l’amour dans la foi. « Je ne me livrerai pas, dans cet ouvrage, à un travail technique, mais à un plaidoyer car il me semble aujourd’hui qu’il faut se battre pour faire reconnaître la posture amoureuse dans la foi chrétienne. Il faut se battre car elle ouvre de vastes espaces heureux, qui restent inaccessibles à bien des croyants. Et c’est dommage pour eux et pour le monde. »

Le plaidoyer de Jean Claude pour un christianisme amoureux ne prétend pas tout dire sur la foi et sur l’Église. Il ne souhaite qu’ouvrir quelques portes et fenêtres. Cela déplaît peut-être à ceux et celles qui veulent garder la maison fermée, au risque qu’elle sente le moisi. La foi amoureuse peut faire refleurir le désert contemporain que le christianisme paraît traverser trop timidement.

Son « petit plaidoyer » en faveur d’un christianisme amoureux se développe comme une plaidoirie au tribunal. L’avocat prend la parole et développe par étapes son objectif. Il présente d’abord ses pièces à conviction, puis appelle des témoins et finalement il se prononce sur le verdict : « Dieu nous aime ».

La présentation de ce livre tient compte des propos de l’auteur et d’autres qui l’habitent. Par exemple ces mots de Christian Bobin, cité en prologue : « La certitude d’avoir été, un jour, une fois, aimé – c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière ».

L’auteur recourt souvent au Cantique des Cantiques où il trouve ses métaphores attestant l’amour fou de Dieu pour sa créature. Mais il n’oublie pas le langage osé des prophètes affirmant à leur manière ces sentiments divins. Mais la pièce à conviction la plus incontestable est Jésus lui-même qui a dit et vécu comme un homme et comme un Dieu cet amour sans mesure et sans frontière. Verdict final : « Donc, Dieu nous aime ! » Et même ceux que nous n’aimons pas !

D’autres pièces à conviction secondaires peuvent être aussi présentées dans cette plaidoirie. L’auteur parle de la lecture attentive et amoureuse de la Bible, une lecture éloignée des spéculations intellectuelles futiles et inutiles, mais miséricordieuse, comme celle du Père Joseph Lebret qui fut le maître du frère Lavigne. Les dernières pages de cet ouvrage sont consacrées au témoignage exceptionnel de ce Frère Prêcheur. Les propos qui suivent sont inspirés de ce dominicain notoire.

La miséricorde n’est pas un sentiment vague, proche parent de l’émotion fugace face à la misère, mais une analyse des causes qui provoquent les expulsions et une lutte contre elles. La miséricorde est ce qui fonde l’agir chrétien amoureux pour la justice, la paix ou le relèvement des humiliés et des pauvres. Sans elle, l’engagement pour une société meilleure risque de devenir une tyrannie qui enfante une dictature froide et cynique.

Une porte d’église ouverte, symbole d’une foi accueillante et tournée vers le monde. Photographie : Circe Denyer — domaine public (CC0), libre de droits.