Un grand désir

  • Fr. Guy

Pape François

Lettre apostolique Desiderio desideravi (« J’ai désiré d’un si grand désir »). Éditions du Cerf, 2022, 72 pages.

Le titre de ce livre, selon la version de la Vulgate, fait référence à la parole de Jésus (Luc 22, 14-16) : « Quand ce fut l’heure, il se mit à table, et les apôtres avec lui. Et il leur dit : J’ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car, je vous le déclare, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. »

Disons que j’aime bien la redondance de ces mots, une forme littéraire peut-être héritée de la langue hébraïque.

Après son motu proprio Traditionis custodes, adressé aux évêques et qui provoqua tant de remous dans les milieux catholiques intégristes, le pape, dans ce fascicule, veut partager avec l’ensemble du peuple chrétien quelques réflexions « non exhaustives », de simples pistes sur la liturgie, désignée par lui comme la « dimension fondamentale pour la vie de l’Église ». Il reviendra en pages terminales sur son motu proprio dans le but de lever toute équivoque et calmer le jeu ou la polémique sur ce sujet pour le moins délicat. Mais venons-en au corps du texte.

Ce ne sont pas seulement les Douze qui sont l’objet du désir de Jésus. Ils sont les premiers convives invités à manger sa Pâque, mais pas les derniers. L’humanité entière est invitée. Le don du corps et du sang de Jésus se renouvellera donc jusqu’à la fin des temps. C’est donc ce désir de Jésus qui nous attire à la messe.

La liturgie nous garantit la possibilité d’une rencontre avec Jésus mort et ressuscité. Un vague souvenir de la dernière Cène ne sert à rien.

En rapprochant symboliquement les paroles d’Adam à la vue d’Ève, tirée de ses flancs, le Christ peut dire de ceux qui communient à son corps et à son sang : « Voici l’os de mes os, la chair de ma chair ». Autrement dit, l’Église naît à chaque messe. La liturgie est un antidote contre le venin de la mondanité spirituelle.

Le principal étant dit, le pape en vient à certains aspects de la liturgie eucharistique parfois oubliés ou négligés, ainsi la beauté de la célébration, un ars orandi ou ars celebrandi. Ce que Maurice Zundel appelait : « Poème de la sainte liturgie » et le pape François « émerveillement ». Un sentiment que n’éprouvent certainement pas ceux qui s’opposent à la réforme liturgique de Vatican II quand il leur arrive d’assister à cette liturgie rénovée. Pour eux, la nouvelle liturgie a été dépouillée de tout mystère. Elle n’est plus qu’un ensemble de paroles et de gestes vulgaires empruntés à la vie ordinaire, sans référence aucune à une dimension « sacrée ». J’avoue que ces opposants n’ont pas toujours tort.

La question fondamentale de la lettre du pape est donc la suivante : « Comment retrouver la capacité de vivre pleinement l’action liturgique ? » C’était l’objectif visé par la réforme conciliaire. Un objectif devenu de nos jours exigeant. Sa réalisation est quasi impossible, car l’homme moderne a perdu la capacité de s’engager dans l’action symbolique, qui est une caractéristique essentielle de l’acte liturgique.

D’où la nécessité d’une formation liturgique adéquate, sérieuse et répétée, pour les ministres comme pour tous les baptisés. Le lecteur peut se référer aux pages qui détaillent par le menu le contenu de cette formation et les diverses catégories de personnes particulièrement concernées.

Je ne cache pas que ces pages sont très denses et qu’elles peuvent rebuter ou en décourager la lecture par des personnes peu habituées au langage théologique académique. Surtout, elles regretteront de ne pas trouver dans ce document suffisamment de touches personnelles auxquelles nous avait habitué notre cher pape François. Je n’irai pas jusqu’à dire que le pape n’a fait qu’apposer sa signature à un texte qui porte l’odeur des curialistes qui l’entourent. Cette remarque n’a rien de désobligeant. Elle n’est pas un désaveu de leur travail. Leur style ne détruit pas la vérité de ce qu’ils avancent et transmettent. Mais cela ne va pas sans effort, du moins du côté du lecteur qui s’applique à déchiffrer cette Lettre Apostolique.

P.S. Sans nommer l’auteur et l’origine de cette expression, le pape, dans sa Lettre, parle de « poème » de la liturgie. Fait-il allusion à Maurice Zundel qui fit éditer en 1926 le premier de ses nombreux écrits ? Ce document parut aux Éditions St-Augustin sous le pseudonyme de Frère Benoît. Plusieurs fois réédité, ce recueil poétique figure dans le premier tome des Œuvres complètes de Zundel paru sous la direction de Marc Donzé en 2019.

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