Une lecture chrétienne du judaïsme de Jésus
- Fr. Guy
Jésus et les rabbins. Olivier Catel, Éditions du Cerf, 2026, 137 pages.
Pour être lu sans équivoque, l’auteur fait précéder son ouvrage d’une note explicative. Au temps de Jésus, le terme «rabbin» est anachronique. La figure du rabbin ne s’est cristallisée qu’après l’an 70. L’auteur l’utilise par commodité pour désigner le mouvement pharisien dont le judaïsme est l’héritier. Le parcours académique de l’auteur laisse pressentir ce qu’il veut défendre dans son livre. «On l’a longtemps oublié ou feint de l’ignorer : Jésus est juif.»
Olivier est membre de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem tout en étant doctorant à l’Université hébraïque de cette même ville. Il soutient avec vigueur la déclaration conciliaire Nostra Aetate, qui affirme la judaïté de Jésus et invite les chrétiens à en tenir compte.
Le lecteur appréciera aussi la limpidité de l’écriture du frère Olivier. Et même sa simplicité, qui rend cet ouvrage accessible à tout lecteur intéressé. J’ai particulièrement admiré l’élégant raccourci historique et théologique des trois groupes (sectes) auxquels s’affronte Jésus : les Sadducéens, les Esséniens et les Pharisiens, dont il sera surtout question dans ce livre.
Jésus ne conteste pas aux pharisiens leur titre et leur fonction de rabbi ou d’enseignant de la Loi, mais leur hypocrisie. Ils disent mais ne font pas ce qu’ils prescrivent. Il faut donc les écouter, mais ne pas suivre leur pratique.
Mais quel rapport entre Jésus et la Loi ? Jésus n’abolit pas la Torah, ni ne la remplace par une autre loi, mais l’accomplit. C’est le sens du discours sur la montagne adressé aux disciples, à la foule et aussi aux pharisiens.
Dans les antithèses de ce sermon, Jésus ne s’oppose pas à la Torah, mais à l’interprétation orale pharisienne de cette Loi. Il ajoute des exigences morales qui ne sont pas contenues explicitement dans la Torah. Et il en donne une interprétation nouvelle, inouïe : «toute la loi de Dieu consiste en l’amour des ennemis». Il révolutionne ainsi le sens littéral de la Loi, pour en donner la signification profonde. Jésus veut installer les lois divines sur terre, dans ce Royaume des Cieux dont il ne cesse d’annoncer la venue. Le dernier chapitre de ce modeste mais limpide ouvrage commente cette expression devenue très commune dans la prière et la théologie chrétiennes.
Par souci de clarté, je cite quelques mots de conclusion de notre auteur. Ils paraissent bien refléter sa pensée et la mienne aussi.
Le Royaume des Cieux est une réalité intimement liée à l’enseignement du Christ, une relation non seulement fondée sur ses instructions, mais sur un lien personnel avec lui. Le joug de Jésus (doux et léger) n’est pas celui de la Loi, ni celui de l’occupant romain. Mais le joug de l’amour.
La comparaison des textes tirés de la littérature rabbinique avec les évangiles révèle que Jésus transfigure les structures et construit un nouveau système. Ainsi l’amour des ennemis dépasse tous les enseignements de son époque. De même, la relation personnelle du croyant n’est plus celle qui le lie à la Loi, mais à la personne même de Jésus. On inaugure une nouvelle manière d’être disciple de Jésus, tout en honorant les opinions des Sages. Jésus affirme son autorité absolue de Messie et de Fils de Dieu.
Les tout derniers mots de l’ouvrage confirment la conviction de l’auteur : «Puisse chacun devenir plus chrétien en connaissant et en aimant le judaïsme».
Une déclaration étonnante dont je ne rejette pas le fondement, mais qui mérite d’être nuancée dans sa formulation. Jésus n’est pas qu’une voix perdue dans la symphonie d’autres voix. Il est la voix de Dieu, sans doute incarnée dans la culture juive d’une époque. Il est surtout la voix de Dieu qui veut se faire entendre de tous les hommes de bonne volonté. «Celui qui me voit a vu le Père».