Vendredi dans l'Octave de Pâques
Saint Grégoire le Grand a posé une question frappante dans son sermon sur cet Evangile, l’Evangile que nous venons d’entendre : « le Seigneur Jésus, avant sa résurrection, a marché sur les eaux de la mer, alors comment se fait-il que maintenant qu'il est ressuscité des morts, il attend ses disciples sur le rivage ? » (Homélie sur l'Evangile n. 24)
Eh bien, selon Saint Grégoire, comme pour la grande tradition sémitique, la mer symbolise la temporalité et la mortalité ; la mer est chaotique et elle change toujours ; et les vagues de la mer et les tempêtes sont l'image de notre vie et des différentes tempêtes que nous traversons. Malheureusement nous savons par expérience que dans de telles tempêtes nous risquons de nous briser spirituellement et de mourir pour toujours. Le danger du chaos est donc réel.
Alors les disciples ont travaillé sur la mer – explique St-Grégoire – parce qu'ils étaient encore parmi les vagues de la vie présente. Ils ne vivaient pas encore pleinement de la vie de Jésus. Donc ils étaient toujours soumis à la mort.
Cela voudrait dire que bien que notre salut ait été accompli par sa Croix, l’œuvre salvatrice du Christ continue dans la vie des individus, même après sa résurrection.
Et nous le voyons : le Seigneur ressuscité se tenait sur le rivage, avec les deux pieds sur la terre solide, il est ressuscité, et Lui, il n'était plus sujet au chaos et à la mort.
Ce symbolisme s'accorde parfaitement avec l'image évangélique de l'œuvre apostolique – nous savons que le Seigneur Jésus compare l'œuvre apostolique à la pêche. « Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » – dit le Seigneur Jésus à Saint Pierre. (Mt 4,19)
Mais même les apôtres ne sauvent personne de la mort éternelle avec leur propre pouvoir -- ils ne peuvent sortir aucun poisson de la mer tout seuls.
Et on voit ça encore dans ce passage de d’Evangile de Saint Jean. Les disciples pêchent toute la nuit et ils n'attrapent rien. Rien ! Mais quand ils entendent – et quand ils suivent – la parole du Christ Jésus, alors ils réussissent.
Et ils tirent de la mer un filet plein de gros poissons. Donc leur mission n’est pas seulement réussie, mais plus que réussie. Le fruit de leur travail est plus qu'abondants – il est surabondant. C'est le pouvoir de la grâce de Dieu qui agit en nous. Mais cela exige notre libre coopération, il faut choisir Jésus en toute liberté, pour que cette grâce produise ses effets.
Nous ne pouvons être sauvés de la mer de la mort que par la puissance du sacrifice du Christ qui est mort pour nous et qui est ressuscité. Et quand il nous sauve, il nous sauve entièrement et sans réserve. « Moi, je suis venu afin que les hommes aient la vie, une vie abondante. » (Jn 10,10)
Encore un petit détail : le nombre de cent cinquante-trois (153) poissons dans le filet de Simon Pierre est certainement un nombre symbolique. Il y a des différentes interprétations de ce nombre, mais l'une d'entre elles est la suivante : Vous savez que les scribes attribuaient une valeur numérique à chaque lettre de l'alphabet hébreu. Par conséquent, les mots ont la valeur numérique de toutes les lettres des mots ajoutés ensemble. Et le chiffre cent cinquante-trois est la valeur numérique de la phrase en hébreu, האהבה קהל, qehal ha-ahava, qui signifie « église (assemblée ou communauté) d'amour ».
Comment pouvons-nous savoir que nous choisirons le Christ quand le moment de choisir sera venu ? Comment pouvons-nous nous aider nous-mêmes à obéir au commandement de Jésus en toute liberté, même lorsque nous sommes fatigués et que nous sommes frustrés et que nous avons pêché toute la nuit sans résultat ? Nous nous préparons par l’amour. Sans réserve et sans fierté, nous pouvons apprendre à aimer, franchement, comme le font les enfants.
Nous pouvons cultiver et nous pouvons faire renaître un amour zélé du Christ dans nos cœurs. Et cet amour prend son expression pratique dans de nombreux petits sacrifices, des petites prières et des dons de soi que nous posons chaque jour, tous les jours, pendant la durée de toute une vie.
Le Seigneur Jésus est mort et ressuscité pour nous rassembler dans son filet. Il veut nous rassembler, comme une masse de poissons chatoyants, dans son Église, une église d'amour.
Donc un conseil – et c'est le conseil d’un poisson aux autres poissons – est de vous disposer à être pris dans son filet.
Basé sur une réflexion du frère J. Salij